Assassinat du Colonel RATSIMANDRAVA, 37 ans déjà!!

Assassinat du Colonel RATSIMANDRAVA, 37 ans déjà!!

Publié le 11 février 2012

37 ans déjà en effet que le Chef de l’Etat, le Colonel Ratsimandrava a été assassiné et rien n’est encore élucidé de ce crime politique. Il nous rappelle à bien des égards l’assassinat de JFK à Dallas en 1963. Afin de  marquer cet anniversaire, nous avons emprunté l’article de la “Gazette de la Grande Ile” du 11 février 2005 lors du 30 ème anniversaire de la disparition prématurée de celui qui fût un patriote gênant, comme tout patriote d’ailleurs
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Ratsimandrava, 30 ans après :Un assassinat non élucidé !   
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Ratsimandrava, 30 ans après :Un assassinat non élucidé ! Il y a trente ans, ce jour, l’un des plus grands mystères de ce pays : en rentrant à son domicile d’Anjohy (Haute-Ville) après avoir travaillé pendant toute la journée à son bureau d’Anosy, le colonel Richard Ratsimandrava, chef d’Etat et chef de gouvernement, a été assassiné à Ambohijatovo dans la nuit du 11 février 1975, vers 20 heures. Une semaine auparavant pourtant, il venait de recevoir les pleins pouvoirs. 
Un commando armé avait tendu un guet-apens au grand tournant d’Ambohijatovo (au niveau de l’actuel commissariat de Police du IIème arrondissement) et avait mitraillé à bout portant la Peugeot 404 noire qui transportait le chef de l’Etat. Ce dernier et les trois gendarmes qui l’accompagnaient (un chauffeur et deux gardes du corps) y laissèrent la vie, de même que l’un des assaillants. Une certitude : l’attentat a été exécuté par un commando du Groupe Mobile de la Police (GMP), en mutinerie depuis une semaine. Mais le vrai mobile du crime ne fut jamais élucidé, et les commanditaires ne furent pas démasqués. Ce jour, dans le recueillement, beaucoup méditeront sur ce qu’aurait pu être le destin de l’île sous la conduite du colonel Ratsimandrava (lire page 5), officier brillant et profondément patriote, fauché par la mort à 44 ans.
Adelson RAZAFY

 


ratsimandrava30apres-1.jpgLes trois officiers les plus en vue du gouvernement du général Ramanantsoa : de gauche à droite, le colonel Richard Ratsimandrava (Intérieur), le colonel Joël Rakotomalala (Information) et le capitaine de frégate Didier Ratsiraka (Affaires étrangères).
C’était le 26 juin 1974, lors du défilé militaire du stade de Mahamasina. Contraint de quitter la barre, le général Ramanantsoa songea à remettre les pleins pouvoirs à l’un de ces trois officiers qui représentaient les trois « ethnies » (pour ainsi dire) de l’île. Après avoir oscillé, il opta pour le colonel Richard Ratsimandrava. Les deux officiers à ses côtés ayant péri de mort violente à une année de distance ( Ratsimandrava assassiné en 1975, et Rakotomalala tué dans un accident d’hélicoptère en 1976), Didier Ratsiraka vit les soupçons se porter sur sa personne… Le général Gabriel Ramanantsoa, chef d’Etat et chef du gouvernement depuis octobre 1972, remet les pleins pouvoirs au colonel Richard Ratsimandrava, le 5 février 1975. Accusé de n’avoir pas de programme de développement précis, ayant essuyé un coup d’Etat militaire qui a avorté en décembre et objet des menées destabilisatrices des jeunes loups de l’armée, le vieux baroudeur de la Deuxième Guerre Mondiale, d’Indochine et d’Algérie jette le gant. Il fut en tout cas un chef d’Etat particulièrement populaire dont les déplacements à travers l’île avait suscité partout des scènes d’enthousiasme. A l’occasion de cette passation de pouvoir, le colonel Ratsimandrava avait prononcé la célèbre phrase : « Je ne tournerai pas le dos à mon devoir, mon général » Ce gouvernement d’ « une semaine » du colonel Ratsimandrava dura en fait plus longtemps. Au lendemain de l’assassinat du colonel en effet, le 12 février 1975, un Directoire Militaire fut formé et prit immédiatement les rênes du pays. Mais le gouvernement ci-dessus fut maintenu et travailla sous la supervision de cette instance militaire. Cette équipe ne fut véritablement démantelée qu’en décembre 1975, après le triomphe électoral de l’amiral Didier Ratsiraka et son accession à la Présidence de République. Les trois quarts des membres de ce gouvernement sont aujourd’hui décédés. Mais deux de ses ministres Le colonel Richard Ratsimandrava (extrême droite) en compagnie des trois seuls généraux de l’Armée malgache de cette époque : de gauche à droite les généraux Gilles Andriamahazo, Gabriel Ramanantsoa et Philibert Ramarolahy. La nomination du colonel Ratsimandrava à la tête de l’Etat dérogeait avec une tradition bien assise dans l’Armée : il n’était pas l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé. Les rancoeurs nées de ce « favoritisme » sont considérées comme étant un motif possible de l’assassinat du colonel. Ces quatre officiers sont tous décédés à l’heure actuelle, le dernier à quitter ce monde étant le général Philibert Ramarolahy en 2002 dans sa ville natale de Fianarantsoa. Le colonel Richard Ratsimandrava en compagnie de sa famille le jour où on lui a remis le commandement de la Gendarmerie Nationale en 1968. Le père du colonel (quatrième à droite) était un camarade de promotion du président Philibert Tsiranana à l’Ecole Le Myre de Vilers de Mahamasina et fut comme le père de l’Indépendance un professeur assistant. Le colonel Ratsimandrava doit essentiellement son ascension rapide et sa brillante carrière à l’amitié de son père avec le chef de l’Etat de l’époque. A droite, la mère du colonel, toujours vivante actuellement. A droite, la sœur du colonel, Juliette, linguiste membre actuellement de l’Académie malgache. Au milieu, son épouse.
Le lendemain de l’assassinat, le corps du colonel Ratsimandrava fut transféré au camp de la Gendarmerie « La Catalane » (ce camp porte actuellement son nom), à Andrefan’Ambohijanahary où eut lieu la veillée mortuaire. La famille pose devant la dépouille, habillée de l’uniforme d’apparat des officiers de gendarmerie. A droite, l’épouse du colonel décedée en janvier 2001. En lamba la mère du colonel. En retrait vêtue de noir, sa sœur Juliette. Puis les cinq filles du colonel qui n’a pas eu d’enfant mâle, la benjamine se trouvant près du corps. Dans les bras de l’épouse du colonel, l’unique petit-enfant du couple à l’époque, à côté d’ailleurs de sa mère. Le colonel Richard Ratsimandrava, ministre de l’Intérieur, aux côtés du colonel Roland Rabetafika, directeur général du gouvernement Ramanantsoa. On prête aux deux personnalités une sourde inimitié. Roland Rabetafika, issu d’une grande famille de la capitale était, dit-on, le poulain de la haute bourgeoisie tananarivienne dans la course à la succession du général Ramanantsoa. On chuchote que cette classe « privilégiée » fut vivement contrariée quand le choix du général se porta sur le colonel Richard Ratsimandrava, rejeton d’une famille « noire » de l’Imerina. C’est là, estime-t-on, un possible mobile de l’assassinat du colonel. Témoin lors du procès et alors que tous les prévenus d’importance étaient dans la salle, le colonel Rabetafika (décédé depuis) eut cette phrase sur laquelle on médite encore : « L’assassin du colonel Ratsimandrava n’est pas ici ». Le colonel Richard Ratsimandrava, ministre de l’Intérieur, dialoguant avec les paysans lors d’une de ses tournées. Il avait mis au point une idéologie de développement fondée sur les « fokonolona » (collectivités villageoises) et s’était attaché à promouvoir ces institutions paysannes. C’était, entre autres, pour cette raison que le général lui remit le pouvoir. Des émissions de la radio nationale étaient spécialement destinées à développer les « fokonolona » et à les soutenir idéologiquement. Et cela sous l’impulsion du colonel. A ses côtés sur la photo, le colonel Rakotonirainy qui devint chef d’Etat-major général de l’Armée sous le régime de l’amiral. En passant en revue les troupes un 26 juin au stade de Mahamasina avant le défilé militaire, il s’écroula sous les yeux de milliers de spectateurs, foudroyé par une attaque cardiaque. La rumeur mit aussi sa mort sur le compte de l’amiral… Le général Gabriel Ramanantsoa en civil, devant la presse dans le salon de l’aéroport d’Ivato, après un voyage officiel à l’étranger. Derrière lui (dans le cercle), le colonel Bréchard Rajaonarison dont les menées furent à l’origine de l’assassinat du colonel Ratsimandrava. Ce brillant officier avait fait l’Ecole de Guerre et avait été attaché militaire à l’ambassade de Madagascar à Paris (avant Didier Ratsiraka). Titulaire d’un poste à l’Etat-major général de l’Armée, à Andohalo, il fut admis à la retraite vers la fin de 1974. Pensant avoir droit au grade de général avant son départ à la retraite, il s’insurgea, désignant le trio de généraux de l’époque comme étant à l’origine du blocage de sa promotion. Rebelle au régime Ramanantsoa, il se réfugia au camp du Groupe Mobile de la Police (GMP) qu’il entraîna dans la mutinerie. Au terme de cet épisode politico-tribal, c’est de ce camp que partit le commando fatal du 11 février 1975… Bréchard Rajaonarison coule une retraite tranquille actuellement dans la région de Vangaindrano. Le colonel Richard Ratsimandrava au micro lors d’une réception. A ses côtés, à l’arrière-plan, le colonel Rakotomanga Mijoro qui fut un de ses proches. Toujours vivant, ce colonel fait le va-et-vient entre l’Alsace, région d’origine de son épouse et Antananarivo. Interrogé le mois dernier par La Gazette de la Grande Ile à l’occasion de la sortie de son livre « Forces Armées Malgaches face à la crise de 2002 », Rakotomanga Mijoro s’est exprimé ainsi sur l’assassinat de Ratsimandrava : « Je n’ai rien à dire sur cette affaire car il n’y a pas eu de fait nouveau depuis. Si on découvre la vérité sur cet assassinat, je serai le premier intéressé ». Il semble en fait que les proches du colonel en savent beaucoup sur cette affaire, mais se taisent par crainte…Les survivants parleront-ils un jour ? Citons les officiers en retraite Rakotomanga Mijoro, Ramakavelo Désiré, Rakotoarijaona Désiré, Ratsivalaka Gabriel, Andriama- holison Richard, Vonimbola… L’un des assaillants du colonel Ratsimandrava trouva la mort dans l’attaque. Il s’agit de Zimbo, élément du Groupe Mobile de la Police (GMP) et pratiquant connu d’arts martiaux. La Peugeot 404 du colonel fut suivie d’une Jeep découverte dans laquelle avaient pris place des gardes armés. Dès les premiers coups de feu, ces derniers ripostèrent et mirent hors de combat Zimbo, lequel était debout au milieu de la rue qui monte vers le Collège Maria Manjaka d’Andohalo. Les autres membres du commando ont pris la fuite par le petit escalier sombre qui descend vers le parc d’Ambohijatovo. Une embuscade de professionnels en tout cas, avec notamment un bouchon constitué par une butte de terre au milieu de la rue, résultat des travaux de réfection d’une buse souterraine. La voiture mitraillée redescendit la pente en marche arrière sur vingt mètres, et butta finalement contre la porte de l’actuel commissariat de Police. Le domicile du colonel Richard Ratsimandrava à Anjohy (Haute Ville) à environ 400 mètres du lieu où il fut assassiné. C’est en allant rejoindre cette résidence, après le travail, que le colonel fut mitraillé au grand tournant d’Ambohijatovo. Pris de frayeur au moment de la fusillade qui s’est déclenchée derrière eux, les deux motards d’escorte ne s’arrêtèrent pas et s’en allèrent rejoindre le domicile d’Anjohy. C’est ainsi que l’épouse et les filles du colonel furent les premières à apprendre l’attaque, et vécurent une nuit d’angoisse. On ne leur apprit le sort du chef de l’Etat qu’à l’aube, tout le secteur après l’attentat fut d’ailleurs bouclé et la circulation y fut interdite jusqu’au matin. Résidence de fonction des commandants en chef de la Gendarmerie, ce bâtiment d’Anjohy fut restitué par la famille Ratsimandrava à l’Etat en 2002, après le décès de Thérèse Ratsimadrava, la veuve du colonel. En l’honneur du décédé qui y vécut longtemps, le quartier (fokontany) s’appelle actuellement Ambavahadimitafo-Ratsimandrava.

La Gazette de la Grande île du 11-02-05
Publié dans :
http://tsimokagasikara.wordpress.com/2012/02/11/11-fevrier-1975-assassinat-du-colonel-ratsimandrava-37-ans-deja/

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